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  • Éléonore Dessureault

L'alimentation désordonnée est-elle valorisée dans notre société?

Sujets sensibles : troubles alimentaires, poids, image corporelle, diètes.


Les troubles alimentaires sont de plus en plus prévalents dans notre société, je ne vous apprends probablement rien jusqu'à maintenant. Avec la pandémie, la situation ne semble malheureusement pas s'améliorer. Lors de ma dernière session d'Université, j'ai eu la chance de suivre un cours sur la psychologie de l'alimentation et celui-ci m'a vraiment marquée. Ce cours m'a ouvert les yeux sur tout ce qui peut être problématique psychologiquement parlant en lien avec la nutrition.

Avec l'arrivée d'internet et des médias sociaux, l'information est devenue très accessible, ce qui semble très positif au premier coup d'oeil. Par contre, cette accessibilité a aussi apporté beaucoup de désinformation sur la science en général. La nutrition est devenue très populaire et chacun cherche maintenant la meilleure façon de s'alimenter. J'ai l'impression que c'est en train de devenir une obsession pour la population. On en parle sur Facebook, à la télévision, dans nos réunions de famille, au gym, etc. Moi j'adore la nutrition, ça me passionne et je suis contente que les gens s'y intéressent. Mais je sais que pour plusieurs, c'est un sujet très sensible. C'est même difficile pour eux d'en parler parce que leur relation avec la nourriture est «troublée» d'une certaine façon. Je sais aussi que ce n'est pas parce qu'on en parle plus que tout ce qu'on dit sur le sujet est vrai et devrait être écouté. De plus, maintenant qu'on en connaît de plus en plus sur la nutrition, on porte des jugements sur la façon dont les gens s'alimentent. Comme si la valeur d'une personne reposait sur ce qu'elle choisit de manger. Une autre chose que j'ai remarqué, c'est à quel point le poids semble compter pour notre société, alors qu'on peut facilement remettre en question cet «indicateur de santé».


Je crois sincèrement que les troubles de conduites alimentaires sont en partie causés par des comportements qu'on encourage et qui pourtant affectent la santé mentale et physique. Avant tout, il faut comprendre que ces troubles n'arrivent pas du jour au lendemain. C'est par le renforcement et l'intensification de certains comportements plus problématiques que ceux-ci voient le jour.

Il existe présentement 3 troubles de conduites alimentaires : l'anorexie mentale, la boulimie et l'hyperphagie (accès hyperphagiques). L'anorexie est caractérisée par une restriction des apports énergétiques par rapport aux besoins, combinée à une peur intense de devenir gros et une altération de la perception du poids ou de la forme corporelle. Dans le cas de la boulimie, on parle plutôt d'accès hyperphagiques fréquents (prises alimentaires démesurées en peu de temps), suivis de comportements compensatoires (vomissement, usage de laxatif, etc.) Finalement, l'hyperphagie est semblable à la boulimie, mais les personnes atteintes n'ont pas recours à des comportements compensatoires. Dans tous les cas, les troubles de conduites alimentaires nuisent au fonctionnement de la personne et causent une détresse marquée. Il y a des critères de diagnostic plus spécifiques pour chaque trouble et quand certains ne sont pas remplis (par exemple : le poids n'est pas suffisamment bas en cas d'anorexie mentale), on peut parler de troubles de conduites alimentaires spécifiés.


2 nouveaux troubles pourraient faire leur apparition. Pour l'instant, on les appelle « troubles alimentaires non spécifiés » : la bigorexie et l'orthorexie. La bigorexie est caractérisée par une impression de toujours être trop mince ou jamais assez musclé. Les personnes atteintes ont tendance à se fixer des règles très strictes concernant l'alimentation et les entraînements. Certains vont jusqu'à prendre des suppléments ou des stéroïdes anabolisants pour modifier leur apparence corporelle. L'orthorexie est caractérisée par l'obsession de manger sainement. Les personnes atteintes passent souvent la majorité de leur temps à penser à leur choix d'aliments et la façon dont ils les cuisineront. Les règles alimentaires qu'ils s'imposent sont souvent très nombreuses et strictes, ce qui affecte leur quotidien.


Avant de se rendre à un diagnostic de trouble alimentaire, l'alimentation est souvent «désordonnée». On parle ici de l'adoption de quelques comportements qu'on ne considère pas graves en tant que tels, mais qui nuisent à notre relation avec la nourriture et qui à long terme peuvent avoir des répercussions importantes sur la santé. Je vois l'alimentation désordonnée comme un continuum où les troubles alimentaires sont situés à l'extrême. Voici donc quelques comportements en lien avec l'alimentation qui, combinés à une certaine fréquence et intensité, peuvent mener à différents troubles de conduites alimentaires :


-Compter les calories;

-Compenser les prises alimentaires par de l'exercice;

-Éliminer des groupes alimentaires de l'alimentation;

-Faire des régimes/diètes à répétition;

-Avoir des aliments interdits;

-Utiliser des produits qui se disent amaigrissants (pilules, laxatifs, diurétiques, etc.);

-Frénésie alimentaire/perte de contrôle;

-Insatisfactions reliées à l'image corporelle.


Voici un exemple pour vous aider à comprendre en quoi ces comportements peuvent être problématiques : Si au lieu de « compenser les prises alimentaires par de l'exercice » j'avais écrit « compenser les prises alimentaires par des vomissements auto-induits », vous auriez probablement tout de suite déduit que ce comportement est problématique. Par contre, l'exercice, c'est plus difficile à comprendre et je crois que c'est ce qui fait que c'est parfois encouragé : «Mange le ton chocolat, tu iras le brûler plus tard aujourd'hui!» L'exercice peut devenir une forme de compensation, ce qui peut être nocif à long terme. Bien sûr, je recommande à tout le monde de faire du sport. Ça fait du bien, c'est bon pour la santé, ça nous permet de nous défouler, etc. Bref, il y a 1000 bonnes raisons de faire du sport, si ce n'est pas plus. Par contre, quand nos objectifs reliés au sport sont établis en fonction de notre alimentation, c'est très exigeant psychologiquement et notre relation avec la nourriture risque d'en être affectée.

Comme vous l'aurez remarqué, les comportements que j'ai énumérés sont relativement communs de nos jours. Je vous invite donc à être vigilant et essayer du mieux que vous pouvez de ne pas encourager les gens à adopter ce genre de comportements et même d'intervenir quand vous y êtes confrontés, si vous êtes en mesure de le faire.


Si vous adoptez vous-même des comportements alimentaires «désordonnés», je vous invite à être bienveillant(e) envers vous-même. Rappelez-vous que ces comportements sont communs et même parfois bien vus dans notre société, mais ce n'est pas une raison pour laisser votre santé mentale et physique en être affectée. Bien que vous ne serez pas inévitablement atteint d'un trouble des conduites alimentaires dans le futur si un de ces comportements fait partie de vos habitudes présentement, ceux-ci ne sont pas à prendre à la légère et peuvent être modifiés avec l'aide de professionnels de la santé. N'ayez pas peur d'aller chercher de l'aide auprès d'une psychologue et/ou d'une nutritionniste. Je laisse aussi au bas de l'article des ressources pour vous ou vos proches.


Anorexie et Boulimie Québec : https://anebquebec.com/

ANEB ressources par régions : https://anebquebec.com/services/ressources-par-region/autres-regions-du-quebec

Équilibre (fondation pour une image corporelle positive) : https://equilibre.ca/

Ordre professionnel des diététistes du Québec : https://opdq.org/

Ordre des psychologues du Québec : https://www.ordrepsy.qc.ca/nous-joindre


Références :

1. Cours de Psychologie de l'alimentation (Université d'Ottawa), Module 17 : Théories psychosociales de l’alimentation (fin) et Comportements alimentaires pathologiques I, communication personnelle, M-C. Audet, 18 mars 2021

2. Cours de Psychologie de l'alimentation (Université d'Ottawa), Module 18 : Comportements alimentaires pathologiques II, communication personnelle, M-C. Audet, 22 mars 2021

3. Cours de Psychologie de l'alimentation (Université d'Ottawa), Module 19 : Comportements alimentaires pathologiques III, communication personnelle, M-C. Audet, 25 mars 2021

4. Cours de Psychologie de l'alimentation (Université d'Ottawa), Module 20 : Comportements alimentaires pathologiques IV, communication personnelle, M-C. Audet, 29 mars 2021




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